Le pittoresque et le charme de Mykonos

Mais, peut-on peut-être se demander, qu’est ce qui fait le pittoresque et l’originalité de Mykonos ? Qu’est-ce qui fait qu’elle se distingue de toutes les autres “horas” des Cyclades et qu’elle soit devenue si célèbre ? C’est à un plan de rues particulier ou plutôt à un manque total de plan d’urbanisme, ainsi qu’à une architecture née de la créativité pratique et artistique du Mykoniote, sachant tirer parti de tous les matériaux locaux et les adapter aux conditions climatiques particulières (vents violents, grand ensoleillement) que Mykonos doit d’être une bourgade unique au monde.

DA l’époque médiévale, la petite localité etait enfermée à l’intérieur du Kastro, qui, lui aussi, ne rappelle en rien les impressionnantes forteresses des autres îles de l’archipel. Alors que celles-ci sont en général de puissants ouvrages défensifs, érigés sur des sites naturellement protégés, le Kastro de Mykonos, beaucoup plus vulnérable, ne pouvait offrir qu’une bien faible protection à I’île et à ses habitants. En fait, il est constitué par les façades extérieures des maisons qui formaient un rempart, consolidé ici et là par de petits pans de murailles. A l’intérieur du Kastro se trouvaient des installations élémentaires pour la protection et la subsistance de la population en cas de razzias ennemies. Autour de ce noyau médiéval commença à se développer progressivement la bourgade actuelle, qui connut sa plus vaste expansion après la seconde guerre mondiale. Hora a souvent été comparée à une ruche.

Et il est vrai que la première impression qu’elle vous donne est celle d’un ensemble à la fois complexe et homogène de maisons indissolublement unies et reliées entre elles par un réseau dédalé en d’innombrables petites ruelles dallées, rehaussées de couleurs vives et agrémentées de fleurs, qui se faufilent partout. Les maisons, accolées les unes aux autres, se ressemblent. Elles sont toutes à deux étages. Jadis le rez-de-chaussée servait d’entrepôt, avec deux ouvertures à chaque étage (porte-fenêtre).

L’accès au premier étage se fait toujours par un escalier extérieur qui mène à un balcon (“boundi”), tandis que la porte du rez-de-chaussée ouvre directement sur la rue. L’élément qui individualise chaque maison et donne une note caractéristique à l’ensemble est la couleur vive dont sont peints balustrades et supports de balcons, portails de cours, fenêtres et portes. L’alliance du bon goût et du sens pratique qui caractérise les créations de l’architecture populaire de Mykonos a donné naissance à des constructions élégantes, comme les “Katastegia” et les pigeonniers. Afin de tirer parti du moindre espace, on bâtissait au-dessus de la rue, entre deux maisons, des chambres ou “katastegia’, dont malheureusement très peu ont subsisté jusqu’à nos jours. En revanche, on peut encore voir les pittoresques “volta” (arcs) qui servaient à les soutenir. Les pigeons sont élevés depuis fort long temps dans les Cyclades, aussi bien pou leur chair que pour l’excellent engrais qu ‘ils fournissent.

Mais a Mykonos le pigeonnier a fini par devenir un véritable joyau architectural, aux formes originales et complexes, qui fait tout le charme de la maison mykoniote. Les chapeaux de cheminées ou “kapassi, aux formes variées et aux motifs ajoures, les murets qui bordent les terrasses et même les chenaux passes à la chaux composent un tout qui se distingue par son cote esthétique, son bon goût et sa particularité dans son uniformité. En parlant de Mykonos, l’architecte A. Romanos a dit que la bourgade, avec ses ruelles chaulées, agrémentées d’escaliers peints et de pots de fleurs, donne l’impression d’un “espace in time et protecteur, où le soleil, l’air, le ciel bleu et la vue de la mer ramènent toutefois à la réalité. Mais on ne peut pas parler de Mykonos sans citer encore deux autres de ses traits caractéristiques. Le premier a un rapport avec la particularité que présentent les ruelles pittoresques de Hora. Les Mykoniotes, en raison du manque d’espace, ne peuvent pas construire en ville des maisons avec jardin, ni même avec cour. Ils ont néanmoins droit à une petite partie de la ruelle qui passe devant leur maison. Pour signaler cette propriété, ils ont donc pris l’habitude de peindre les dalles de pierre qui leur « appartiennent » d’une couleur différente de celles du reste de la rue ou des maisons voisines, créant ainsi des contrastes étonnants avec les murs blancs. Le deuxième a trait à l’un des moyens de transport en usage dans l’île. Les ruelles de Hora ne permettant pas toujours le passage des voitures, les habitants ont recours aux ânes ! Et le soin qu’ils prennent de ces sympathiques quadrupèdes, qu’ils décorent à la moindre occasion, est vraiment touchant. C’est d’ailleurs eux qu’ils emploient pour le commerce des fruits et des légumes locaux. Ainsi vous remarquez tous les jours les paysans des fermes situées à proximité du chef-lieu, déambuler dans les ruelles avec leur âne charge de lourds paniers, tout en vantant leur marchandise. Une ancienne habitude de l’île ayant résisté au progrès et devenue une tradition.

Monastère d’Anoméra