Le folklore sicilien

Il n’est pas exagéré d’affirmer que si le théâtre de marionnettes n’avait pas existé en sicile, Garibaldi n’aurait jamais réussi à mener à bien sa glorieuse expédition des Mille. En effet, en sicile, la saga populaire de Charlemagne et les aventures des paladins français furent jouées par des marionnettes et ces spectacles exerçaient une influence énorme sur la foule. Ainsi, les jeunes Siciliens identifièrent le meneur d’hommes, Garibaldi, (qui leur promettait des terres dans le nouvel et grand Etat italien), all « Varlando », qui est un des preux et valeureux personnages de l’opera dei pupi. Les cunstatorii répandirent dans l’île cette passion pour le répertoire épique et chevaleresque carolingien et normand.

Pour illustrer leurs récits, ces cunstatorii se déplaçaient avec un tableau de toile peinte orné de dessins identiques à ceux qui décorent encore de nos jours les charrettes siciliennes. La « danse des épées » est également un autre élément caractéristique de la culture populaire sicilienne. Cette représentation d’un combat rituel est toujours présente dans des fêtes anciennes, comme celle des « Taratatà » à Casteltermini ou du « Mastru di Campu ». La pantomime du « Mastru di Campu » se déroule chaque année à Mezzojuso ( province de palerme) au moment du carnaval. Outre le « mastru », les principaux personnages sont le roi et la reine, entourés d’une cour nombreuse, la fameuse « tubbiana ». En réalité, le nombre de personnages n’est pas limité.

Le spectacle repose sur un fait historique; il est particulièrement drôle car le protagoniste, en essayant de conquérir le château et le coeur de la reine, fait montre de mille grimaces et fanfaronnades rappelant les rodomontades de la Commedia dell’arte. Le « Mastru » de Mezzojuso manifeste également la capacité des Siciliens à réaliser, avec peu de moyens, des mises en scène extraordinaires. Une capacité qui aujourd’hui trouve sa meilleure expression dans le carnaval sicilien. Pendant le carnaval d’Acireale, dans la province de Catane le défilé d’énormes créations allégoriques en carton-pâte le long des magnifiques rues baroques est considéré comme le plus beau de sicile.

Celui-ci présente toutes sortes de chars différents : ornés de fleurs, poétiques et peints ainsi que ceux, très parfumés, débordant également d’agrumes. C’est véritablement à l’occasion des fêtes religieuses que le peuple exalte sa ferveur. Quand, à palerme, en 1783, le vice-roi Caracciolo ordonna que la fête de sainte Rosalia ne dure que trois jours afin de consacrer l’argent économisé aux jeunes pauvres, il trouva à côté de son lit un carton portant la mention suivante : « Ou la fête, ou ta tête ». La fête est un moment pendant laquelle le peuple sicilien offre autant qu’il peut a la divinité : de l’argent ou un effort physique ponctuel. Ainsi le 5 février de chaque année a Catane, des milliers de fidèles de sainte Agata portent de lourdes reliques le long de la pente abrupte appelée, « pente de San Giuliano ». La rivalité entre les fidèles de saint Sébastien et ceux de saint Paul clans les villages de la région de syracuse s’exprime a l’occasion d’offrandes : c’est précisément la générosité des fidèles de la fête de saint Paul a Palazzolo Acreide qui a fait de cette cérémonie l’une des plus célèbres de l’île.

Les protagonistes de la “Compétition des Normands” de Piazza Armerina s’affrontent dans des épreuves d’habileté afin de remporter l’antique gonfalon de la Madone et le placer dans l’église de leur quartier, pour une année. Au printemps, pendant la fête du crucifix à Calatafimi, l’esprit de compétition trouve son apogée avec les « trophées de pain » : défilé de charrettes siciliennes et de paysans. Pour cette fête, appelée aussi « fête du printemps », la population entière, subdivisée par classe, contribue financièrement pour assurer la réussite des festivités.

Cet esprit de compétition anime aussi la course destinée à incarner les protagonistes de la Diavolata, représentation sacrée qui, depuis 1728, se déroule a Adrano, le plus ancien village de l’etna, mais peut aussi consister à revêtir les vêtements des « habitants de Judée » pour le Vendredi saint à San Fratello, dans la province de messine.

A côté des affrontements individuels, on trouve aussi les compétitions sociales des fraternités et des corporations, extrêmement fréquentes en sicile et qui ont toujours lieu pendant la Semaine sainte : avec les encapuchonnés d’Enna, par exemple, mais aussi à Caltanissetta, Marsala et Trapani au cours des processions des Mystères, ces splendides groupes sculptés faits de bois et de tissu. La sicile, terre des « guerres de saints » donc. Cependant, il est impossible de s’en plaindre si l’on prend la peine de regarder les merveilles que ces guerres ont produites…

La baie de Sciacca
Le superbe village de Taormine